Texte

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Ecrire sur le textile

La littérature jeunesse : quelle est sa place au théâtre dans toute la profondeur de sa dimension écrite ?

En commençant à écrire la petite fille aux tissus, mon but était de rassembler enfants et parents autour d’un texte jeunesse. Aimer les mots, ça s’apprend, aussi je voulais un texte très écrit. J’ai choisi d’écrire sur le textile parce qu’avec le langage, le textile est ce qui nous différencie des animaux ; le textile est partout dans notre vie d’humains : il nous habille – tantôt uniforme tantôt déguisement – il décore nos maisons et raconte ce que nous voulons montrer de nous-mêmes. Parler textile est donc une manière de parler de notre humanité.

Ecrire sur l'écriture

Quand j’ai commencé à raconter l’histoire de cette enfant qui perçoit la réalité au travers des tissus, j’ai réalisé que j’étais aussi en train de parler d’écriture et que c’était cela que j’avais envie de transmettre aux enfants : comment le fait d’écrire, de lire, de créer, comment la littérature et la littérature jeunesse en particulier nous apprennent à agir sur notre vie et à la transformer. 

Charlotte Vancoppenolle

Résumé

La petite fille aux tissus est une petite fille presque comme toutes les autres – mis à part qu’elle a le pouvoir de communiquer avec les tissus. Cet échange ressemble à l’enthousiasme débordant dont l’âge tendre a le secret. Il s’agit aussi d’une forme d’empathie poétique qui permet à la gamine de se transformer en tissu. Le récit navigue entre le quotidien de la fillette, son amour pour le textile et ses questionnements sur le sens de la vie.

Thématiques

De grands leitmotivs de l’enfance chers à la littérature jeunesse sont abordés tels que l’imaginaire >< la réalité, le mensonge, le monde des adultes, la maladie et la différence. Autant de thématiques à travers lesquelles la petite fille aux tissus transforme les épreuves en occasion de grandir. Sa vie pourrait sembler banale, elle est extraordinaire !

Synopsis

Pour mieux épingler l’originalité de son héroïne, le narrateur dresse un inventaire de talents potentiels et présente une galerie de fillettes aux différentes aptitudes : la douée pour la danse, la mécanicienne, la jolie et la voyageuse. Parmi elles, la petite fille aux tissus se sent, certains jours, comme le vilain petit canard.

Episode 1 : Toboggan.

Le toboggan révèle le secret de la petite fille aux tissus. Quand celle-ci ferme les yeux et touche un morceau de tissu, elle voyage et se transforme – guidée par la matière et la couleur de l’étoffe. L’enfant le sait : à partir de quelque chose de tout petit, l’imagination peut ouvrir l’accès à d’autres mondes. Elle imagine ensuite les réactions des adultes s’ils apprenaient son secret …

Episode 2 : La boulangère

C’est l’heure d’une révélation de taille : un ange fait partie de la vie de la petite fille aux tissus – il s’agit de la boulangère du coin de la rue. Le narrateur expose un rituel unique de petit déjeuner, développé pour contourner le fait que l’enfant est en retard pour attraper l’autobus matinal. Au-delà de ce qu’elle perçoit parfois comme de la solitude, le narrateur rappelle à la fillette qu’est profondément aidée.

Episode 3 : La petite fille aux tissus exagère un peu

La petite fille aux tissus cède à la tentation et… invente le plus beau des mensonges pour faire rêver ses camarades. Si l’excitation d’avoir subjugué les copains est tout à fait grisante, la catastrophe s’annonce quand ceux-ci découvrent l’imposture… Pour conclure l’épisode, la fillette décide de faire évoluer son penchant pour la fabulation : elle va écrire des poésies.

Episode 4 : Saint Luc

Dans la famille d’un enfant hospitalisé, quelle est la place de l’enfant « qui n’est pas malade » ?
Le texte tente d’éclairer les non- dits familiaux qui entourent la maladie d’un enfant. Les peurs liées à la souffrance et à la mort sont contemplées. Ce chapitre laisse aussi entrevoir la douleur de l’éloignement – douleur qui a du mal à être exprimée en particulier lorsqu’elle émane de l’enfant qui  est en pleine santé. La fable invite le jeune lecteur à formuler ses besoins affectifs, et à agir pour y répondre.

Episode 5 : Angélique

L’épisode 5 raconte l’amitié qui lie la Petite fille aux tissus et Angélique ; Angélique, la « libre », celle qui marche dans les flaques, celle qui fait l’école buissonnière, celle qui a des poux. Les pages explorent ce que cette amitié -pas très conventionnelle- apporte à l’enfant, jusqu’au jour où brutalement, Angélique déménage. L’autre est présenté ici comme il est, dans sa beauté singulière. Le jeune lecteur est face au choix de se laisser toucher et inspirer par quelqu’un de différent.

Où on apprend que la Petite fille aux tissus veut quitter le texte. Elle veut devenir une petite fille comme les autres, et entrer dans la vie.

Un petit bout du texte, un petit bout de tissu

« La petite fille aux tissus, elle, avait toujours un bout de tissu dans la poche de son manteau, dans son cartable, parfois même dans sa boîte à repas ! Elle aimait les tissus de toutes les formes, de toutes les couleurs, et elle en avait beaucoup, vraiment beaucoup. Certains disaient qu’elle les collectionnait. Son parrain – le marin – lui ramenait toujours des pièces de tissu d’Afrique ou d’Asie, qui illuminaient le visage de l’enfant. Elle les regardait, recopiait minutieusement leur motif. Elle les agrafait, les collait, les cousait pour en faire des petites pochettes, des mini-couvertures, des capes de playmobils, des nappes pour peluches, des cabanes pour schtroumpfs. Elle fabriquait aussi des petits cadeaux qu’elle offrait en toute occasion. Elle offrait un tissu pour dire “je t’aime”, un autre pour dire “tu me manques” ou “je suis désolée” ; elle choisissait toujours avec soin quel tissu elle donnerait à quelle personne. C’était sa passion, son style. Tout le monde le savait et tout le monde l’appelait La petite fille aux tissus. »